Edito

Si Versailles est un château bien réel, avec plus de 7, 5 millions de visiteurs chaque année, c'est aussi un rêve irréductible à des chiffres. Le domaine absolu à mes yeux de l'imaginaire. Jamais un lieu autre que Versailles n'aura inspiré autant de jeux de miroirs que ceux dont la mode est l'héroïne principale. Maîtresse de Louis XIV dès  mai 1667, la Montespan, -que  Madame de Sévigné considérait comme une Junon "tonnante et triomphante-  use de sa toilette comme d'une arme pour rayonner: "Elle était toute habillée de point de France; coiffée de mille boucles; les deux tempes lui tombaient fort bas sur les deux joues; des rubans noirs sur la tête, des perles de la maréchale de l'Hospitale embellies de boucles et de pendeloques de diamant de la dernière beauté, trois ou quatre poinçons, une boite, point de coiffe, en un mot, une Beauté à faire admirer à tous les ambassadeurs ». De ses huit grossesses, elle fera une mode: les "robes battantes" dites à la Montespan, faites pour les dissimuler..  En 1958, Yves Saint Laurent aurait il pu imaginer ses robes trapèze chez Dior, sans cette influence là? Sans doute pas. Et John Galliano, ses robes brodées d'un collier à la reine de paillettes d'argent?  Versailles souligne, exacerbe toute la fantaisie que notre siècle du politiquement correct efface à travers ses standards obligatoires, ses formules si lisses qu'elles finissent par tout aplatir, les silhouettes, comme les rêves.   Photo Gleb Derujinksy, In Versailles et la Mode, Laurence Benaïm, Flammarion