Valence accueille "Please don't smile", et célèbre le regard d'un jeune homme de quatre vingt dix ans. Quand on lui demande s'il rêve encore, il répond: "Comme je ne dors pas, je pense. Les images et les idées tournent dans ma tête. Mais la photographie ne s'imagine pas. Elle est liée à l'instant de la lumière juste".

"C'est ici": dans son petit pavillon aux allures de chambre noire, Frank Horvat vous reçoit, entouré de ses deux assistantes, dont sa fille, Fiammetta. "Son secret, c'est d'être toujours amoureux" dit-elle en souriant. "Tu veux dire de moi même?" Au sous sol, le petit musée dans lequel il nous rejoint sur son fauteuil élévateur,  abrite un certain nombre de ses images, mais également celles des photographes qu'il admire, Sebastiao Salgado, Helmut Newton, ou Marc Riboud, avec, surprise un portrait de Klaus Barbie: "Moi, j'aurais bien sûr essayé de le prendre en méchant. Mais Riboud a eu raison. C'est la banalité du mal..."  A 90 ans, Frank Horvat s'amuse comme le jeune homme qu'il n'a jamais cessé d'être. Lui qui dans les années cinquante  photographiait des mannequins dans la rue parce qu'il n'avait pas de studio, se demande comment être reconnu en artiste "contemporain": "Avec de la couleur peut être? J'y réfléchis." Après son exposition de diptyques (Galerie Le Minotaure et Dina Verny), le voici en accrochage à la InCamera Galerie avec " Please Don't smile", l'ordre intimé aux mannequins pour la pose : où l'on retrouve Gabrielle Chanel, silhouette fantôme, dans l'escalier du 31 rue Cambon (1958), le couple enlacé du quai du Louvre (1962), l'oeil de biche sous une meringue de soie Givenchy (1958). Frank Horvat,  le bourlingueur métaphysique, l'homme qui d'emblée se définit par le doute. Quand on lui demande s'il rêve encore, il répond: "Comme je ne dors pas, je pense. Les images et les idées tournent dans ma tête. Mais la photographie ne s'imagine pas. Elle est liée à l'instant de la lumière juste".Museu Palau Solterra. Fundació Vila Casas  www.fundaciovilacasas.com/