"C’est parti d’une conversation à Bot-Conan, en Bretagne, entre deux aristocrates qui sont convenus de m’inciter à l’écriture d’un essai. Je n’ai pu que les suivre mais finalement j’ai écrit la suite des deux premiers livres, en publiant mon journal, que j’ai politisé en tenant compte des circonstances électorales" Ainsi parle Charles Consigny, écrivain, chroniqueur de presse et de télévision, élève avocat à l'Ecole de Formation professionnelle des barreaux de la cour d'appel de Paris. Ouf on va y arriver. Place à l'auteur du brillant "Je m'evade, je m'explique" . (Robert Laffont)
photo@RLUGASSY

Pourquoi ce titre? 

  " Ah ! cette vie de mon enfance, la grande route par tous les temps, sobre surnaturellement, plus désintéressé que le meilleur des mendiants, fier de n'avoir ni pays, ni amis, quelle sottise c'était. - Et je m'en aperçois seulement !

J'ai eu raison dans tous mes dédains : puisque je m'évade !

    Je m'évade !

    Je m’explique."

Arthur Rimbaud, L'impossible

 

Quel est votre état d’esprit entre deux tours? 

 

Effrayé et effaré. 

 

 Qu’est ce qui vous inspire le plus de colère aujourd’hui?

 

La crise de débilité collective que constitue notre époque. 

 

 A qui en voulez vous le plus?  Boutin ou Mélenchon? Fillon ou Hamon? 

De ces quatre là, à Boutin et Mélenchon. Boutin parce qu’elle a ouvert une brèche qui conduira peut-être à pousser une nouvelle fois notre pays dans les bras de l’extrême-droite, et que sa décision est donc criminelle autant que stupide. A Mélenchon parce que son orgueil mal placé va permettre le résultat que je viens d’évoquer. Ces deux-là rendront compte devant l’histoire et Boutin ira en enfer, si tant est qu’elle n’habite pas déjà un enfer mental. Quant à Hamon, je l’ai trouvé largué mais sympathique, et Fillon je ne saurais trop dire, j’ai trouvé qu’on l’avait persécuté mais il a peut-être effectivement remisé par-devers lui un argent public qui aurait dû être dépensé ailleurs. Disons que je ne peux pas m’empêcher de penser que dans la gabegie générale d’argent public, il n’était pas le plus coupable, et de loin. On regrettera de n’avoir pas appliqué son programme radical. 

 

 « L’époque est sans prise de tête ». On est tenté de dire « sans tête tout court … Pouvez vous développer? 

 

C’est Philippe Muray qui se moquait des gens qui se disaient « sans arrière-pensées », il répondait : « et sans pensées devant non plus ». L’époque me fait penser à un canard à qui on aurait tranché la gorge et qui continue de courir. Nous traversons une phase d’invraisemblable hystérie, où tout le monde veut poursuivre tout le monde devant les tribunaux, où les juges remplissent encore des prisons où l’on sait que les gens dorment par terre parmi les rats et se font violer par leurs co-détenus. Cette époque-là me dégoûte et me déprime à la fois, je ne vois pas bien ce qu’on a à envier au Moyen-Âge.

 

 Dans votre livre, vous dénoncez la fossilisation d’une droite qui a perdu tout contact avec la jeunesse. A votre avis qui lui parle aujourd’hui? 

 

Marine Le Pen et Mélenchon, parce que les propos radicaux correspondent au manichéisme de la jeunesse. Mais je suis déjà vieux, j’ai des opinions nuancées, molles, bien-pensantes, je vote au centre ! 

 

« J’aime les personnages flamboyants, les comètes, les insoumis… » : pouvez vous nous donner quelques exemples?

 

Mon père, mon petit-frère (tous deux insoumis), l’avocat Jérémie Assous, le décorateur Jacques Garcia, Kappauf, des tas d’autres ! Il reste heureusement quelques pirates qui construisent leur propre univers et y font régner la joie sans partage. 

 

 Votre livre de chevet? 

Le monde selon Garp

Ce qui vous fait avancer? 

La conscience aigüe du passage du temps.

 

Votre paradis terrestre? 

Le port de la Flotte à l’île de Ré quand je vais y petit-déjeuner le matin, laissant dormir les habitants de la maison que j’occupe, au soleil devant les bateaux. Je suis quelqu’un de très basique. Il me suffit d’un croissant (ou plutôt deux), d’une tasse de café, d’un rayon de soleil, du Figaro et de l’air du large pour être heureux. Mais tout ça c’est énorme ! 

 

Votre rêve le plus fou? 

Dans un premier temps, éviter de voir sombrer mon pays dans l’extrême droite. Ensuite on verra. 

 

 Comment vous voyez vous dans dix ans? 

Cinq kilos de plus, avocat, heureux de défendre des innocents et des coupables. 

 

/ "Emmanuel Macron, au contraire n’avait pas hésité à danser collé-serré avec des Antillaises au début de sa campagne… Symbole d’une fusion physique avec le peuple. C’est comme ça qu’on gagne une élection avec, les grands bras enveloppants de Chirac-pas avec les gants de Balladur ». Ecririez vous la même chose aujourd’hui? 

Oui, même si j’ai peur d’une balladurisation de notre macaron préféré. Je le crois quand même capable de surprise et j’espère que ça va marcher.