Rencontrée à Marrakech où elle est la commissaire de "Gardens of Memory", une exposition signée Etel Adnan, Simone Fattal, Bob Wilson au Musée Yves Saint Laurent, Mouna Mekouar défend une vision singulière, attentive à renouveler les formats, à pousser les murs, à trouver des chemins de traverses pour mettre en lumière l'étrange, le beau, la différence.

Diplômée de l'Institut national du patrimoine (Paris) et doctorante en histoire de l'art, Mouna Mekouar est critique d’art (ArtPress, Etudes photographiquesImages re-vues, Patrimoines, Revue) et commissaire d’exposition. C'est elle qui a pensé "Garden of Memory" au Musée Yves Saint Laurent de Marrakech, comme une "conversation entre trois artistes", autour d'une pièce où se joue une chorégraphie qui associe "poésie, sons et sculptures", à partir d'un poème d'Etel Adan, "Conversation with my soul" (III), lu par Robert Wilson: "I am dark, I keep sayng, living in dark luminosity". Cette lumière noire, ce sens des paradoxes et de l'ambiguité, voici sans doute ce que revendique cette belle Marocaine vivant entre Casablanca et Paris, admirative de ces deux femmes, Ethel, Simone, dont elle parle comme de deux jeunes artistes. "Je les ai accompagnées". Son métier? "Etre à l'écoute de chacun. Etre juste". Mouna Mekouar se définit comme "hors circuit", attentive à vouloir "réinventer les formats, à interrroger les limites". Cette ancienne étudiante HEC à Lausanne a tout plaqué pour se consacrer à sa passion. Elle n'oubliera jamais le choc ressenti devant les Quatre saisons de Poussins, oeuvre révélatrice d'une vocation. "Même si on a un quart d'heure, il faut aller voir le bon comme le mauvais" dit elle aujourd'hui. Conservateur du Patrimoine, elle a participé, à l’ouverture du Centre Pompidou-Metz de 2008-2010 et à la réouverture du Palais de Tokyo de 2011-2014. A son palmares, une exposition autour de r de Sheila Hicks intitulée In the carpet à Stuttgart et Berlin, au sein de l’IFA, et surtout cette extraordinaire performance: en mai 2016, elle a invité Tino Sehgal à Marrakech dans le cadre d’une exposition qui se déclinait en deux temps et deux lieux, de jour à l’intérieur du BAM, au coucher du soleil, sur la place Jamaa-el-Fna.  Elle a aussi collaboré comme commissaire associée à l’exposition Formes Simples qui se tenait au Centre Pompidou-Metz de mai à novembre 2014. Curator au Palais de Tokyo de 2011 à 2014, elle a été en charge du commissariat de la Carte Blanche consacrée à Philippe Parreno à l’automne 2013. "Un commissaire d'exposition doit être dans l'empathie. Sans jouer le rôle de maman, d'amie, il lui faut être présent, sans jamais être effacé, ni se prendre pour le producteur ou l'agent. Savoir se retirer ou prévenir l'artiste de l'erreur qu'il est en train ou pas de commettre".  De 2008 à 2010, elle a préparé comme commissaire associée l’exposition inaugurale – Chefs-d’œuvre ?- du Centre Pompidou-Metz. Elle a parallèlement contribué à deux éditions (2009 et 2011) de Photoquai, Biennale des images du monde organisée par le Musée du quai Branly, en sélectionnant les photographes du Maghreb et du Golfe. Ses coups de coeur du printemps?  Delacroix au Louvre, Kupka au Grand Palais, et Danh Vo au CAPC de Bordeaux. 

Garden of Memory. Etel Adnan, Simone Fattal, Bob Wilson. Musée Yves Saint Laurent, Marrakech, jusqu'au 16 septembre 2018