Serge Carreira a commencé sa carrière aux Galeries Lafayette. Il rejoint, ensuite, le groupe Prada où il occupe plusieurs fonctions de Retail Merchandising. Il assure à Sciences Po un cours d'introduction à la mode et au luxe depuis 2005. Il est actuellement Chief Operating Officer à Londres chez la créatrice Mary Katrantzou. Sa vision du luxe met la connaissance, l'expérience et la sensibilité au coeur d'un métier.

 Vous enseignez le luxe à Sciences Po depuis 12 ans, qu’est ce qui selon vous a principalement changé depuis 2005 et qui modifie l’approche de ce secteur aujourd’hui ?

Le luxe a considérablement changé au cours de ces années. La crise financière de 2007 a marqué la fin de la banalisation du luxe. Cela ne signifie pas que les marques sont moins populaires mais elles ont compris qu'elles devaient faire venir les clients à elles plutôt que de chercher à répondre simplement à leurs besoins. On a assisté à une réelle revalorisation du patrimoine, de la tradition et des savoir-faire des maisons au-delà des effets de mode. Depuis, le luxe a achevé sa globalisation et s'adresse à des consommateurs aux quatre coins du globe. A cela s'ajoute la révolution numérique en cours qui transforme les besoins, les envies, les exigences et les comportements. 

Sur quoi se porte aujourd’hui l’intérêt des étudiants? 

Les étudiants ont aujourd'hui un rapport paradoxal au luxe. Il fait toujours rêver  mais ils ont aussi une approche critique aussi. L'éthique et l'intégrité des maisons sont essentielles pour eux. Ils ne sont plus dans une fascination naïve. 

Quelle est pour vous la voie royale du luxe aujourd’hui? 

A mon sens, il n'existe pas de formation idéale. Néanmoins, le luxe est en pleine transformation et les profils recherchés doivent être plus complets. Il faut savoir concilier l'analyse d'un environnement complexe face à de nouveaux défis, la rationalité et le respect de la création. Comme dans beaucoup de secteurs, il faut des profils plus polyvalents et agiles qu'autrefois. Par ailleurs, c'est aussi un secteur où l'expérience est fondamentale. La culture de nos métiers ne s'acquiert qu'avec le temps.

Qu’est ce qu’il faut défendre et réinventer à votre avis? 

Il faut aujourd’hui se transformer radicalement tout en restant fidèle à son identité et à son héritage. Les usages et les perceptions sont complètement bouleversées. Le luxe ne peut rester isolé dans sa tour d'ivoire au risque de devenir une relique d'un monde passé mais il doit maintenir ses valeurs pour continuer à faire rêver. 

Qu’est ce que le contraire du luxe selon vous?

Chanel aurait dit "le luxe, ce n'est pas le contraire de la pauvreté, c'est le contraire de la vulgarité". C'est un propos qui me semble très juste.

Dans un contexte lié à la mondialisation, pensez vous que la France demeure le pays du luxe? 

La France demeure l'un des viviers les plus dynamique du luxe. Sa force est de concentrer les savoir-faire et d'accueillir au sein de ses maisons des créateurs du monde entier quelque soit le secteur. Pour que cela demeure à l'avenir, il faut savoir adapter ce patrimoine exceptionnel avec les évolutions du monde. C'est un défi d'innovation et d'audace.

Votre luxe absolu? 

Ce n'est pas forcément un objet. Cela peut être un lieu ou un moment d'émotion. Tout instant d'enchantement est en soi un luxe.