change de registre en exposant pour la première fois à Paris ses toiles sur le thème « BUY BUY BABY ». Ou comment la femme contemporaine, portraitisée en « guerrière », part à la chasse au shopping. . « Les talons se tordent, les vêtements s’effacent comme des rayon X décomposant le mouvement dans la neutralité de l’espace urbain ; Les sacs shopping, symbole d’acquisition, (le gibier ) se multiplient à l’infini , l’entourent, parfois l’étouffent dans cette fuite en avant. Elle s’en débat comme un oiseau apprend à voler" .Embarquement immédiat.

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Exposition Buy Buy Baby par Antoine Kruk, Bel’Rp, Atelier 23 rue Basfroi, 75011 Paris, le 8 novembre 2017, de 10h30 à 20h.

Comment êtes vous passé de l’illustration à la peinture  ?

Tout à fait naturellement ! je dois commencer en vous disant qu’en parlant illustration je parlerai plutôt du dessin, car je suis de ceux qui utilisent encore le papier et les techniques manuelles plutôt que la palette graphique. Je pense que quand on est à l’aise avec le dessin, cela aide beaucoup à aborder la peinture. Le dessin, c’est un peu le squelette de la peinture non ? Ensuite par la couleur et la matière on peut jouer des couches et des transparences, apporter une profondeur peut-être plus grande. Exposer ma peinture, après avoir fait des illustrations de presse, de l’édition de livres, des collections de mode, des costumes de scènes, c’est encore boursculer les cases entre mode, art, et société, ou entre le dessin et la peinture . 

Par exemple j’admire énormément Picasso, et chacun comprendra qu’il est évident qu’il a dessiné en peignant ,et peint en dessinant . Pour ma part je m’efforce juste d’avoir un regard qui m’est personnel, avec de nombreuses racines de tout lieus et de tout temps , car bien qu’étant né d’un mariage franco-japonais ,il n’y a mon sens aucun japonisme la dedans … ou alors du côté des dessins de super héros de revues mangas, que je ne lis pas du tout mais dont l’esthétisme m’interpelle.

Au fond toutes ses cases distinctes entre les genres artistiques, c’est juste bon pour les archivistes, et les artistes demeurent libres .

Pourquoi cette obsession des talons toujours ?

C’est vrai que c’est un peu une obsession … et dans cette première exposition de peinture leur présence est  importante même si le reste du corps est souvent mis à nu , et où la chaussure elle même semble s’effacer pour ne laisser que la trace du talon comme symbole .D’abord c’est l’élégance du geste, car avec un talon la jambe s’allonge, le coup pied se tend, les lignes prennent en force, le corps entier se rythme. Le talon c’est aussi une sorte d’arme et de pouvoir féminin . il est a la fois  esthétique, utopique et dangereux … voir casse gueule ! dangereux pour qui s’approche, mais aussi dangereux pour qui le porte .

Dans mon exposition « Buy Buy Baby » je mets en scène  des femmes contemporaines, urbaines, shopping addict, fashion addict, beauty addict , avec des corps dynamisés , des perspectives déformées . Au premier abord on peut y voir une apologie de la femme telle que les codes modernes l’on définie et un peu enfermée. Au second regard, c’est une dénonciation de la société de consommation, et des ses besoins stéréotypés quelle impose souvent. Les talons en font partie évidement, comme symbole de séduction, à la fois un soutient et une contrainte . une Fuite en avant, un peu casse gueule comme je vous le disais !

Le talon c’est l’épée de Damokles par dessous , on passe notre vie entre équilibre et déséquilibre .

Votre plus beau souvenir de mode ?

Je pense que c’est d’avoir travaillé durant les année 90 avec Thierry Mugler dans une ambiance créative sans limites pour aboutir à des défilés  et des collections complètement incroyables . Thierry Mugler,  avant d’être un designer de mode était danseur, d’ou l’importance du corps et du geste dans toute sa création . L’importance du dessin comme point de départ aussi : la spontanéité et la force d’un geste jeté sur une feuille blanche devait se retrouver sur le vêtement final . la même énergie, la même vérité première  qui se trouve dans l’esquisse préparatoire .Cette exigence a donner forme à un rêve ou une utopie, c’est un gros travail sur soi et sur le fait de faire des choix  pour y arriver, beaucoup d’effort pour ne plus voir l’effort : ARS EST CELARE ARTEM. Même si je fais des choses différentes, et que je ne travaille plus avec lui depuis très longtemps, il m’est resté cette méthode pour la quête des étoiles.

Votre rêve absolu?

On s’en approche sans jamais l’atteindre . Mais déjà s’en approcher au lieu de s’en éloigner, c’est une bonne chose dans la vie ! J’ai déjà réalisé de nombreux rêves, et suis souvent surpris que les choses arrivent d’elles mêmes. C’est sans doute cela aussi la réussite d’une vie : ne pas exiger un rêve absolu, comme une ligne droite, ou un plan de carrière, mais plutôt avoir des envies, des désirs, des fantasmes, et les prendre comme une sorte de boussole un peu floue, marcher en direction avec son instinct en laissant la porte ouverte .Le hasard et la chance arrivent si l’on est ouvert, réceptif aux autres, et si l’on prend des risques ! Un papier, une toile, des pinceaux, et je m’estime très très heureux … je veux continuer ainsi .