Jamais on n’a autant ri peut être dans un défilé. Défilé en silence, en forme d’un one man & woman show signé Olivier Saillard et Violeta Sanchez. Sous le titre « SOS », le conservateur du musée Galliera et la muse, ont offert au public une performance où les mots et la culture de mode, scellent le destin de toutes les vanités du moment.
It designers, liens incestueux entre art, mode, com et affichage urbain, petits délits entre amis : ce happening aussi travaillé que déclamé sur le ton sérieux du jeu, s’impose comme le plus grand atelier de costards de la saison. Voici guillotinées une à une toutes les marionnettes médiatiques, par le seul couperet des formules. « Trop d’artistes, pas assez d’art ». Dans cet atelier de toiles et de mots, les épingles tueuses voisinent avec les cadavres exquis, les insolences verbales et les métaphores couturières flirtent avec délice, et donnent du béguin à ces désentoilages inspirés. La salle boit du petit lait. Il y a là Dominique Issermann, Nathalie Rykiel, Marc Audibet, Diane Pernet, avec son turlututu noir, qui semble faire partie du spectacle. De poches revolver en étoffes gris canon, l’abécédaire couturier est au service de joyeux pincements, voici l’hénaurme cousu au petit point. Olivier Saillard, en Jacques Tati du sérail, fait éclore à merveille tous les non dits d’une profession qu’il tyrannise à la tête d’un royaume imaginaire, en parodiant les communiqués de chambre syndicale et les infos relayées par les bloggers : « Tom Ford est nommé à la tête de la maison Hedi Slimane… », « Une poupée Mattel est nommée à la tête de Versace, Nicolas Ghesquière à la tête de son propre avenir… » Francis Blanche, Obaldia et Ionesco n’auraient pas renié ces calambours. On glousse, la mode mise à nu telle la mariée de force a toujours ce talent pour se moquer d’elle-même. Des oukazes imposent « le repos créatif forcé » « le non cumul des mandats ». « Nous déplorons les précoll présentées comme des vaccins anti- grippe ou des dragées Fucca » susurre Violeta Sanchez, divine lorsqu’ « hypnotisée » et « entrée dans le corps Mugler, qu’elle quitte à coup de légers tremblements pour « entrer » dans celui de Cavalli, elle répond à la question -« Qui nommez vous à la tête de Dolce Gabbana ? »- : « Google ». D’une veste, voici qu’il font tout un monde. Sacrée paire de manches. Les fantômes de Grès, de Saint Laurent, et les postures rivalisent avec tous les jeux de mots, tous les cas de conscience qui transforment une veste « mal rasée » en une veste « fourre tout », voire un « vestige de vestes », dans le droit fil d’une mémoire surréaliste sublimée par un talent sans padding. Magistral.

LB.