Mon nouveau livre, paru aux éditions de la Marinière, célèbre la personnalité complexe de ce champion inventeur . Centrer la balle, trouver dans le jeu de fond de court l'admirable maîtrise qui fait de lui un champion. Ne jamais lâcher sa proie. Frapper fort, en "gifle". C'est à Forest Hills, lors de la finale du Championnat d'Amérique, en 1927, que René Lacoste démontre qu'il est le meilleur joueur du monde. Viendront d'autres succès, Wimbledon en 1928, Roland Garros en 1929. Avant le renoncement aux courts, pour cause de bronchite chronique. Et le début d'une autre histoire, de nombreux matches contre lui même: pour gagner, se réinventer, surprendre, se hâter lentement, chercher, encore et toujours. René Lacoste est un visionnaire: c'est en s'entraînant contre les murs de la maison familiale, qu'il a construit, en solitaire, sa propre légende. Adresse, réflexion, patience. C'est en observant le jeu de ses adversaires qu'il a compris combien il pourrait affiner le sien. Faire le bon call à la fin de la main, déceler des tells, varier son jeu: ces techniques de poker, René Lacoste les a adaptées au tennis, en hissant celui ci au rang d'un sport aussi physique que mental, en se surpassant, point par point, tout au long de sa vie.

 

Rien ne semble opposer le jeune homme de dix huit ans qui tient encore sa raquette au milieu du manche, et le grand oncle dit "Popeye" calligraphiant ses conseils de jeu sur sur des feuilles de papier volant:

"Alimentation rationnelle

Respiration profonde

Saut à la corde sur pointe des pieds

Frapper de plus en plus fort en faisant un pas en avant

Accélération et contrôle jusqu'à la fin des coups... 

L'écriture régulière reflète la détermination sans état d'âme de celui qui exige les modifications du manche de sa fameuse raquette métallique, dessine consciencieusement le raccordement des entretoises, exige que le crocodile de poitrine de ses chemises ait la "gueule ouverte", le tout avec l'aplomb d'un ingénieur devenu ministre, entrepreneur, souverain du petit détail qui fait la différence.  Exige, tout en donnant encore une fois l'illusion aux autres le soin de juger, diplomate hors pair oblige.  René Lacoste n'abat jamais ses cartes pour la simple raison qu'il joue: tout se tient là, dans sa manière d'expérimenter l'imprévu et de maîtriser la possibilité d'une défaite. Loin de son ami Jean Borotra, le Basque bondissant,  qui "frappait la balle d'un smash sifflant dans l'air"  (2), René Lacoste a inventé  une manière de dominer les plus entraînés, dont Big Bill (Tilden) ne fut pas le seul à faire les frais. Aux feux d'artifice des "canon balls", et autres "drop shots", René Lacoste a toujours opposé son imperturbable sang froid. Celui qui le pousse à serrer la main à celui qui l'a battu, avec le même "bon sourire que celui qu'il eu montré, eut-il été vainqueur". (3)  Ne jamais baisser les bras, ne pas s'accrocher aux balles. Mais se qualifier en imaginant d'autres sets pour répondre aux attaques faites à son propre corps.  N'être pas né d'hier et s'imposer comme l'homme de tous les lendemains. Pas de montée de filet " à l'aventure". Des points bien préparés, aussi nets que ceux que l'inventeur de la chemise au crocodile, énumère froidement, après une visite à l'usine de Troyes, en 1934: "

I.  Rétrécissement . Contrôle sévère.

II. Cols. Les baisser devant en détendant le fil (...)

VI Manches longues trop larges. (4)

L'intelligence et la concentration ont eu raison de toutes les décennies, la profondeur des attaques a fait de son nom une griffe. René Lacoste nous enseigne que la ligne de conduite est plus pertinente que la course folle et déjantée au succès.