Le 27 Jan 2009, par Laurence Benaïm
Défilé Christian Lacroix, Haute Couture Printemps-Été 2009
J’aime Jean François Zygel quand il affirme : « Quand on improvise ; il faut être à la fois à son affaire et ailleurs, comme dédoublé. Il faut guider, conduire, construire au moment même où l’on joue ; et en même temps, lâcher prise, laisser quelque chose s’établir entre le soi de la surface et le soi des profondeurs » Après tout, c’est un peu comme cela qu’on imagine la haute couture, une structure, des plans, deux pieds, deux jambes, une ligne d’épaule, et après, la magie d’un tissu qui se drape, révélant dans ses plis, le mouvement du monde, cette aisance qui donne aux mannequins de Christian Lacroix, lorsqu’elles passent, le sentiment qu’elles esquissent un pastel sur une feuille de dessin géante… Entre les bleus de Dufy et de Marquet, les roses ouatés de Watteau, les couleurs donnent l’impression d’être en partie immergées dans l’eau des rêves, entre la nuit et le jour, la fraîcheur d’un herbier séchant sur un manteau d’organza, l’éclat matinal d’un satin pamplemousse, le tourbillon bleu d’un jupon encre, comme un pavillon sous le vent. « Floridées de bord de mer, courmarines, flotteurs rayés, jardinages, luminaires, poudres, monochromes et mélangés ont l’air d’être ordonnés comme autant de point de repères, comme autant de bouquets pliés » annonçait le carton d’invitation... Au Centre Pompidou, ces bouquets se déploient en trente neuf passages éclos chacun d’une vision intérieure, que les ateliers interprètent, sans rien casser, sans rien raidir, de ruchés en bouillonnés, avec juste l’amour qui se donne, s’efface derrière la technique, rien que pour le faire apparaître, à la manière de ce tulle ennuageant la silhouette, cette ceinture de plumes pour étreindre une taille, ce flot de gaze vieil or revoilant un long fourreau sculpté de satin blanc. Mousseline « buvard » ombrée de « magenta, pois de senteur en soie, tout frémit, tout s’offre en parfum mêlé d’essences rares et familières, le souvenir des premières giboulées, et des roses de jardin fraîchement coupées, couleurs d’odeurs après la pluie, ou le matin tôt, chez un fleuriste, comme il y a très longtemps, Orève, à Passy, gouttes de lumière vaporisées sur tout ce que le monde, qui s’enfuit déjà, enracine ou pas au fond de son cœur...
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