MARTA GILI :

En cinq ans, la directrice du Jeu de Paume a par son dynamisme et l’intelligence de ses choix, concilié le sens du patrimoine et celui de la découverte. Après le triomphe de Diane Arbus, Ai Weiwei attire plus de 16 000 visiteurs par semaine. Un vrai triomphe pour cet artiste chinois en détention domiciliaire dans son pays jusqu’au 22 juin 2012, et dont Marta Gili révèle avec beaucoup d’humilité, le sens d’une œuvre.

En quoi cette exposition éclaire le travail d’Ai Weiwei et sa personnalité?
Cela fait plus de deux ans que nous travaillons sur l’exposition, dans le cadre d’un échange avec le Fotomuseum de Winterthur, en Suisse. Son directeur, Urs Stahel est aussi le commissaire de cette exposition, sur laquelle il a commencé à travailler en 2010. A l’époque, Ai Weiwei n’était pas un artiste connu du grand public. Il avait été révélé par ses installations, sa performance à la Tate Modern de Londres. Cette exposition met l’accent sur son travail photographique, tout en démystifiant la photographie comme objet artistique. Avec son téléphone portable et sa caméra vidéo, Ai Weiwei saisit les transformations d’une Chine qui défile sous ses yeux, à l’image du développement quasi métastasique de la ville de Pekin. En posant sa caméra au dessus de la route, en répétant en bus avec ses étudiants un itinéraire de manière obsessionnelle, en faisant une prise de vue tous les 50 mètres pendant des heures, il « scanne » la ville, il s’agit d’un mapping à l’infini.
Quels ont été et quels sont vos contacts avec lui ?
L’exposition a commencé à Winterthur alors qu’il était en détention depuis un mois. Il est resté 81 jours en prison. La meilleure façon de lui rendre hommage c’était de continuer ce projet. Ai Weiwei a pris beaucoup de risques. Il a parlé à la presse, prouvé qu’il n’y a pas deux sortes d’artistes, mais une seule. Il est ce qu’il fait, il fait ce qu’il est. Il est celui qui rend visible, questionne. . Nous sommes en contact avec son studio, et à distance, Ai Weiwei a tout validé (l’invitation, l’affiche, l’accrochage…)
Comment expliquez vous l’intérêt du public pour cet artiste ?
Les jeunes sont intéressés par le fait qu’une personne comme lui mette sa vie en danger, en raison d’une revendication légitime du droit à la liberté d’expression. Il y a quelques jours, il a réussi à faire passer des tweets. Il a eu 10 500 followers en 48 heures ! Ai Weiwei, en plus, pose des questions de façon directe, brutale, sans rhétorique et je crois que ces questions sont autant détestées par les gouvernement chinois qu’elle sont appréciés par les jeunes, occidentaux et orientaux ! Le travail documentaire s’enrichit d’une donnée subjective, qui touche le public au cœur. Si Berenice Abott (l’autre photographe que nous montrons aussi en ce moment au Jeu de Paume) photographie la ville de New York et son développement vertical pendant les années 1930, Ai Wei Wei interroge le monde urbain en partant de lui-même, son histoire, celle de son père, qui a nettoyé des toilettes pendant dix ans dans le Xin Qiang, de tous ceux qu’il photographie, anonymes, ou amis. Photographe, architecte, critique d’art, peintre, sculpteur, le message d’Ai Wei Wei, qui se dit influencé par Marcel Duchamp, est clair et transparent.
Ai Weiwei : Entrelacs. Jeu de Paume.
1 place de la Concorde. (8è). Le mardi de 11h à 21h et du mercredi au dimanche de 11h à 19h (fermé le lundi).
Exposition jusqu’au 29 avril 2012.

Laisser tomber une urne de la dynastie des Han, 1995
Triptyque, tirages n&b Ai Weiwei

Pékin, East Village, 1993-1995
Tirages n&b Ai Weiwei

Profil de Duchamp, graines de tournesols,1983
Série Photographies new-yorkaises,1983-1993
Tirage C-p Ai Weiwei

Paysages provisoires, 2002-2008
Tirages couleur Ai Weiwei