Interview Perchée

Les confessions artistiques de Judith Benhamou-Huet

Judith Benhamou-Huet est l’auteur de "Les artistes ont toujours aimé l’argent". Chroniqueuse pour l’art et le marché de l’art dans plusieurs journaux, elle démonte dans ce livre les idées préconçues sur les artistes. Car dans notre société contemporaine, on voit d’un mauvais œil les Jeff Koons et autres Damien Hirst qui ne cachent pas leur désir de richesses. Pourtant, Magritte fabriquait ses tableaux de pipes en série, Rubens avait mis en place une "factory", lieu de production mécanisée, et Le Gréco faisait défiler toutes les fortunes d’Europe dans le premier showroom de l’histoire, fortunes qui achetaient des copies de l’originale du maître reproduites de nombreuses fois par des petites mains. A travers treize artistes qui appartiennent désormais à la postérité, Judith Benhamou-Huet démontre que l’appât du gain n’est pas l’apanage de notre période actuelle.
L’artiste qui vous touche le plus ?
Robert Mapplethorpe, artiste du New York trash des années 1980. Sa production est épurée, inspirée par la beauté classique. Je serai d’ailleurs l’année prochaine co-commissaire d’une exposition qui lui sera consacrée au musée Rodin.
 
Et celui que vous aimeriez posséder ?
Si j’en avais les moyens, j’aimerais avoir un Gauguin de la période des îles. Il y a tellement de sérénité et d’harmonie qui s’exprime dans ces toiles.
 
Vous est-il arrivé de vous tromper ?
Oui, sur Cindy Sherman. J’ai d’ailleurs changé d’avis à son sujet. Dans les années 1990, je ne la croyais pas si pertinente. Je pense aujourd’hui le contraire.
 
Votre dernier coup de coeur ?
Aleijadinho, un artiste brésilien du 18e siècle. Je prépare également un livre à son sujet. Un artiste baroque qui souhaitait exprimer le mouvement par la sculpture. Dans un petit village brésilien, il a réalisé un chemin de croix avec les sept stations de la passion. Aujourd’hui, on dirait que c’est une installation d’art contemporain.


Et du côté de la mode ?
Je suis presque exclusivement habillée par les créations de Gaspard Yurkievich et Guido Voss, son associé. Je les trouve extrêmement raffinés et en avance sur leur temps.
 
Votre marotte ?
Les photos anciennes et anonymes. Au 19e siècle, de nombreux artistes ont expérimenté de nouvelles techniques. Mais comme il n’y a pas de nom, cela n’a aucune valeur.
 
Vos incontournables de la saison culturelle?
Le centre Pompidou, plus particulièrement la rétrospective sur Gerhard Richter, un artiste que les Français ont rarement eu l’occasion de voir. La très belle exposition Degas et le nu au musée d’Orsay. Renversante.


Votre devise artistique ?
Les arts comme les personnes sont intéressants lorsqu’ils sont complexes et multifacettes. Il faut parvenir à apprivoiser les contradictions en avançant pas à pas. Ce qui est passionnant, c’est lorsque l’on ne comprend pas.


La faute absolue qu’un artiste ne doit pas commettre ?
Faire ce que les autres attendent de vous. Il faut avoir du courage.


Et pour un collectionneur ?
On fait toujours des erreurs au début, mais l’essentiel c’est d’en tirer les conclusions. Je conseille aux collectionneurs d’aller beaucoup dans les musées, de chercher à comprendre par soi-même. Et ne pas toujours prendre les choses séduisantes au premier abord.
 
Où aimez-vous flâner ?
Je passe mon temps chez Joséphine-Chez Dumonet, un bistrot rue du cherche-midi qui propose un saumon fumé sublime. Ou encore le salon de thé japonais Toraya, rue Saint-Florentin. Ils ont des thés excellents, je recommande leur pâte de riz recouverte de sésame grillé. Un petit concentré d’affection, comme du marshmallow chaud, mais en plus sophistiqué.
 

Interview Céline Hussonnois Alaya


Le petit guide de Judith Benhamou-Huet : 

- "Joséphine-Chez Dumonet", 117 Rue du Cherche-Midi, Paris 6e, 01 45 48 52 40
 
- "Toraya", 10 Rue St Florentin, Paris 1er, 01 42 60 13 00
 
- Centre Pompidou, exposition "Gerhard Richter: Panorama", jusqu'au 24 septembre
 
- Musée d’Orsay, exposition "Degas et le nu", jusqu'au 1er juillet